René Barjavel – Ravage

« Les hommes ont libéré les forces terribles que la nature tenait enfermées avec précaution. Ils ont cru s’en rendre maîtres. Ils ont nommés cela le Progrès. C’est un progrès accéléré vers la mort. Ils emploient pendant quelques temps ces forces pour construire, puis un beau jour, parce que les hommes sont des hommes, c’est-à-dire des êtres chez qui le mal domine le bien, parce que le progrès moral de ces hommes est loin d’avoir été aussi rapide que le progrès de leur science, ils tournent celle-ci vers la destruction. »

Couverture de Ravage
René Barjavel – Ravage

En 2052, la société est dépendante de l’électricité à tel point que monter un étage est source d’essoufflement intense. Paris est surpeuplé, tous les terrains ont été utilisés pour construire des habitations dont certaines n’ont pas de fenêtre qui s’ouvre. À quoi bon, quand on a l’électricité pour rafraîchir un appartement ? Mais quand une panne d’électricité mondiale pointe le bout de son nez, c’est une autre histoire. On suit le parcours de François, fils d’agriculteur de Vaux et de Blanche, ex-future star de la « télévision » dans le chaos qu’est devenu la France.

Ayant déjà lu un livre de Barjavel (La Nuit des temps), je connaissais déjà son écriture que j’avais adorée et, bien qu’elle soit moins fluide que dans le premier livre, je l’ai également apprécié dans celui-là.

Nous le retrouvons ici dans une dystopie très actuelle. La société moderne accorde beaucoup de place à l’électricité, il est impossible de le nier : ordinateurs, portables, lumière, trains… il n’y a pas un jour sans que l’on se serve d’elle. D’ailleurs, les descriptions de Barjavel sont assez effrayantes. Je m’explique : le livre est paru en 1943 et certaines inventions que l’on trouve dedans sont réelles ou en cours. Le fait de rejoindre Édimbourg depuis Paris en moins d’une heure par les airs ? Pensez à Elon Musk. Cependant, on sent que l’écriture et que la culture datent un peu. Les tournures de phrases et les mots sont quelques fois vieillis et la fin du livre nous rappelle que nous sommes dans une culture politique bien précise.

La position de Barjavel sur la place des femmes est assez machiste, mais nous devons nous replacer dans le contexte. En pleine seconde guerre mondiale, les femmes ont encore des cours d’enseignement ménager à l’école, elles n’ont pas le droit de vote et leurs hommes sont à la guerre, donc elles s’occupent des enfants. Cependant, je dois avouer que pour un auteur qui réussit à inventer une société entière, accorder aux femmes une place aussi inférieure, c’est moyen. Dès le début du roman, Blanche est embauchée pour danser à la télé alors que François veut entrer dans une école d’ingénieurs et que le patron de la grande chaîne de télé est un homme. Le reste de l’histoire ne va pas démentir ce cliché : ce sont les hommes qui font toutes les choses cruciales tandis que les femmes les suivent et sont admiratives.

J’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs dans le récit. Au début, c’est normal, le décor doit être planté et l’auteur explique bien toutes les caractéristiques de sa société dystopique (je vous rassure, les passages de descriptions ne valent pas ceux de Balzac !). Mais même quand l’action débute, les longueurs ne disparaissent pas et quelques fois, dans ma lecture, j’ai été tentée de sauter des pages pour arriver plus vite aux actions.

Une lecture mitigée, donc, mais quand on replace le livre dans son contexte historique, on voit bien que Barjavel est un précurseur et que son imagination, pour certains points, tombe dans le mille.

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